Tournée de “VIDOMEGON” en Belgique

En octobre et novembre 2008

« VIDOMEGON » est un spectacle de la Compagnie Béo Aguiar (Bénin)
et d’Alvéole Théâtre (Belgique),
sur les enfants placés et maltraités au Bénin.

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Le projet politique du spectacle :
« Vidomègon » signifie en fon, une des langues nationales du Bénin « Enfant placé ». A cette traduction littérale, il faut malheureusement ajouter « Enfant maltraité, enfant exploité…».
Actuellement, au Bénin, plus de 500.000 enfants, filles et garçons de 6 à 14 ans, sont exploités et maltraités par des adultes peu scrupuleux, sous le couvert de la tradition.
En effet, autrefois des enfants issus de familles pauvres étaient confiés à des proches plus aisés ou à des tuteurs qui devaient leur assurer une instruction scolaire en échange de tâches domestiques quotidiennes. Au fil du temps, ce principe basé sur la solidarité a été perverti en un trafic juteux par des trafiquants qui promettent aux parents désoeuvrés une vie meilleure pour leur progéniture. Pour rassurer des parents crédules, il arrive que certains malfaiteurs, envoient la photo de l’enfant, propre et bien habillé.
Les familles perdent souvent toute trace de leurs enfants, envoyés très loin à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, pour travailler dans les maisons en tant que domestique, dans le secteur informel, dans les plantations, dans les carrières … En échange de rien !

Cette forme d’exploitation et de maltraitance de l’enfant est cautionnée, au nom de la tradition, par une partie de la population. Pourtant, le Bénin a ratifié la Convention des Droits de l’Enfant et possède un Code du travail qui interdit l’embauche et l’exploitation des moins de 14 ans. Mais les autorités judiciaires sont dépourvues de ressources humaines, matérielles et financières nécessaires à l’application de la loi.

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Le trafic des enfants au Bénin en général et, plus particulièrement dans le département du Zou, sont favorisés par :

  • le développement économique du pays.
  • de nombreux paysans sont victimes des stratégies des multinationale agro-alimentaires et n’ont plus les moyens de nourrir leur famille.
  • le faible taux de scolarisation en milieu rural, surtout chez les filles. Elles ont peu de chance d’accéder à un métier.
  • l’indifférence de tous face à la pratique pervertie de l’enfant placé.
  • l’ignorance des parents et leur crédulité.
  • l’inapplication de la loi.

Parfois, les « vidomègon » réussissent à fuir leur tuteur et se retrouvent alors dans la rue, livrés à eux-mêmes. Les conséquences de leur détention laissent, chez la plupart, des séquelles physiques et psychologiques considérables. Les filles sont souvent victimes d’exploitation sexuelle accompagnée de grossesses non désirées, de MST dont le Sida. A Cotonou, quelques foyers pour filles les recueillent pour une courte ou longue durée, les initient à différents métiers en attendant de réintégrer leur famille (quand elles la retrouvent et/ou quand elles sont certaines de ne pas courir le risque d’être à nouveau placées). Malheureusement, l’exploitation de l’enfant pour des raisons économiques existe dans de nombreux pays à travers le monde. A l’heure de la mondialisation où les intérêts économiques passent avant le respect des droits fondamentaux de tout un chacun, il est important que tous les états se mobilisent pour un bien-être planétaire. Car tôt ou tard, les décisions qui seront prises ici auront des répercussions là-bas et vice versa : la dette du Tiers-monde, la souveraineté alimentaire, l’agriculture, le respect des Droits de l’Homme, l’accès à la santé, l’accès à l’enseignement… L’opinion publique internationale doit être suffisamment alertée sur la question du trafic d’enfants et de l’esclavage des plus jeunes. Ils sont les adultes de demain.

La question soulevée par « vidomègon » est à mettre en relation historique avec nos propres pratiques en Europe. Il n’y a pas si longtemps, des enfants étaient utilisés dans les mines, les industries, l’agriculture… afin de permettre aux familles les plus pauvres d’avoir des rentrées d’argent supplémentaires. Peut-on dire aujourd’hui que chez nous cette exploitation enfantine n’existe plus ? Cela n’est pas certain, il suffit de voir les réseaux de prostitution et de pédophilie… Mais si ces pratiques sont plus rares chez nous, il n’en reste pas moins que l’exploitation du plus pauvre par le plus riche est toujours bien présente chez nous, par le travail des clandestins ou des non-déclarés et à l’étranger, par la délocalisation d’entreprises qui se soucient peu des droits des travailleurs…

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La dramaturgie du spectacle :
Kodjo est fils unique. Mais bien qu’étant seul, il n’est pas épargné des affres de la misère et de la pauvreté qui sévissent sur son village.
Le père de Kodjo est l’un de ses hommes qui, dépassé par les difficultés de la vie, ne trouve de solution que dans l’alcool, la violence conjugale et la démission de son rôle de père de famille. Incapable d’envoyer Kodjo à l’école et de supporter son écolage, face à la faim et autres souffrances, le père ne trouve d’autre solution que d’envoyer Kodjo aux champs. Comme si ceci ne lui suffit pas, face au silence de la mère qui n’a pas droit au chapitre, le père de Kodjo ne trouvera la solution suprême face à ses déboires selon lui, que dans la vente de son fils unique à l’insu de sa femme.
Kodjo a été tout simplement vendu comme une marchandise ordinaire contre quelques billets de banque à un obscur Monsieur Joe.
C’est la descente aux enfers, Kodjo va vivre les pires moments de sa vie : travaux champêtres, bastonnades, privations en tout genre, concassage de granits, etc.…mais surtout la solitude et la nostalgie permanente de ses parents et de son village. De son côté la mère de Kodjo sombre dans le désespoir. Le père de Kodjo dit regretter son acte, cherche à s’expliquer et décide finalement d’aller à la recherche de son fils dont il ne connaît même pas la destination…La mère de Kodjo est sur le point de se mettre la corde au cou quand Kodjo ayant fui son bourreau, réapparaîtra au grand bonheur de tous.

Le projet de tournée et son public cible :
Au Bénin:
Le spectacle a été créé au Bénin du 1er au 31 mai 2008, en langue Fon (la langue nationale du Bénin), d’après l’écriture et la mise en scène de Euloge Béo Aguiar. Le spectacle, outil de sensibilisation, est destiné à sensibiliser les populations rurales béninoises en général et celles du Département du Zou en particulier où le problème de trafic d’enfants sévit (tournée prévue en juillet 2009).

En Belgique:
Les animateurs de la compagnie Alvéole Théâtre se sont rendus au Bénin pour une période de répétitions, en juillet 2008, afin de rendre accessible, au public européen, la lecture du spectacle, tout en respectant sa spécificité.
« VIDOMEGON » a circulé en Belgique les mois d’octobre et novembre 2008, dans le cadre du Festival International de Théâtre-Action (FITA 2008), en milieu scolaire pour le secondaire et en tout public.
Le FITA est organisé par le Centre Théâtre-Action de la Communauté française de Belgique (CTA) et soutenu par WBI et l’OIF.
Les partenaires d’Alvéole Théâtre, pour l’organisation et le financement de la tournée en Province de Luxembourg (16 représentations en scolaire et tout public), étaient l’ A.M.O. Média-Jeunes de Bastogne et Annoncer la couleur du département des Affaires Sociales et Hospitalières ainsi que le département des Affaires Culturelles de la Province.
Par ce spectacle, le souhait des deux compagnies n’était pas d’amener de l’exotisme dans les écoles mais plutôt, au-delà du témoignage et de la dénonciation, au-delà de la question “Que pouvons-nous faire à ça?”, de susciter une réponse globale pour une solution durable. Il s’agissait de comprendre toutes les raisons qui conduisent des parents à vendre leurs propres enfants: la dette du Tiers Monde, la souveraineté alimentaire, les multinationales, le respect des Droits de l’Homme, l’accès à la santé, à l’enseignement, au logement, à l’énergie,…
Faire venir chez nous un spectacle d’ailleurs, c’était d’abord informer. C’était également tisser des liens de solidarité, construire des passerelles entre les jeunes, envisager des échanges et construire des projets. Savoir ce qui se passe ailleurs, nous ouvre souvent les yeux sur ce qui se passe chez nous. A l’heure de la mondialisation, tout se tient, les décisions prises ici ont une répercussions là-bas et vice versa. Si les jeunes veulent grandir dans un monde où ils seront acteurs et non seulement spectateurs, ils doivent se positionner en tant que citoyen du monde.
La venue du spectacle “VIDOMEGON” a favorisé des projets d’échanges entre jeunes femmes Belges et Béninoises, la création d’une maison de jeunes à Plakodji (quartier de Cotonou).

La création du spectacle a pris tout son sens avec la mise en place d’une tournée à travers le Département du Zou en juillet 2009.

Un reportage a été réalisé par TV-Lux lors de la venue du spectacle en Province de Luxembourg :